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Longtemps présentée comme un partenaire alternatif, porteur d’un discours de solidarité Sud-Sud et de non-ingérence, la Chine est aujourd’hui confrontée à une réalité bien différente en Afrique. À mesure que ses intérêts économiques et humains se sont étendus sur le continent, Pékin a été contrainte d’opérer un tournant sécuritaire majeur, révélateur de son accession au rang de puissance globale.
De l’allié tiers-mondiste à l’acteur dominant
Pendant plusieurs décennies, la présence chinoise en Afrique s’est inscrite dans une narration héritée des luttes anticoloniales. La coopération médicale, l’aide technique et les infrastructures constituaient les piliers d’un engagement présenté comme désintéressé. Cette image, largement relayée par les autorités chinoises, a toutefois été progressivement mise à l’épreuve par l’ampleur croissante des échanges économiques. En 2024, le commerce sino-africain a frôlé les 300 milliards de dollars, faisant de la Chine le premier partenaire économique du continent. Cette intégration massive s’est accompagnée d’un endettement significatif de nombreux États africains à l’égard de Pékin. En Afrique subsaharienne, certaines situations sont devenues particulièrement sensibles, à l’image de Djibouti, où la dette détenue par la Chine avoisine 80 %, ou encore de l’Angola et de la Zambie, dont près d’un tiers de la dette publique est liée à des créanciers chinois.
Une présence humaine devenue un enjeu stratégique
Cette densité financière s’est doublée d’une implantation humaine sans précédent. Le nombre de ressortissants chinois vivant en Afrique est passé de quelque 137 000 au début des années 2000 à plus de deux millions aujourd’hui. Concentrés autour des ports, des sites miniers, des chantiers d’infrastructures et des zones commerciales, ces ressortissants sont devenus des acteurs visibles des économies locales, mais aussi des cibles potentielles dans des contextes d’instabilité. Les violences visant des intérêts chinois en République démocratique du Congo, au Nigeria ou en Centrafrique, ainsi que les enlèvements dans les zones sahéliennes, ont progressivement rapproché la Chine de la condition sécuritaire longtemps réservée aux puissances occidentales. Pékin a dû organiser plusieurs opérations d’évacuation majeures, notamment en Libye, au Soudan du Sud, en Éthiopie et, plus récemment, au Soudan en 2023.
Conclusion
Plus la Chine s’enracine économiquement en Afrique, plus elle est contrainte d’assumer les responsabilités sécuritaires inhérentes à son statut. Ce basculement marque l’entrée définitive de Pékin dans le cercle des puissances exposées, pour lesquelles la protection des intérêts extérieurs n’est plus un choix, mais une nécessité structurelle.
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