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Des experts, analystes sécuritaires, universitaires et gestionnaires de parcs ont échangé, ce vendredi 12 décembre 2025 à Cotonou, sur les enjeux et défis de la Conservation dans le W-Arly-Pendjari dans un contexte de crise sécuritaire. C’est à l’occasion du panel de haut niveau, organisé dans le cadre de la 2e édition du Forum d’Information et d’Échange sur les Parcs (FIEP), initiée par l’ONG African Parks sous l’égide du Ministère du Cadre de Vie et des Transports, en charge du Développement Durable.
Le complexe W-Arly-Pendjari (WAP), joyau écologique partagé entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger est confronté à une crise sécuritaire persistante. L’un des défis majeurs est de préserver cette biodiversité exceptionnelle tout en résistant à la montée de l’insécurité. « L’ensemble des forces hostiles considèrent l’intérieur des parcs nationaux comme offrant de possibilités de refuge. Leurs activités nuisent à la faune et à la flore, parfois même aux animaux eux-mêmes », a indiqué le Colonel André Dokoui Fofo, commandant du théâtre des opérations à la tête de l’Opération Mirador. Le Colonel André Dokoui Fofo rassure tout de même que « l’opération Mirador dispose de toutes les ressources nécessaires pour faire face aux problèmes de terrorisme dans les parcs et dans le nord en général. »
Des impacts sur les communautés riveraines
Pour l’enseignant-chercheur Dr Kamal Donko, l’insécurité crée des immobilités, perturbe les habitudes et complique les relations entre populations et gestionnaires de parcs. « Nous devons encore travailler pour que les communautés comprennent pourquoi African Parks est là. La sécurité dépend de chacun de nous », a-t-il affirmé.
L’Atacora compte 9 communes et 4 de ces communes sont riveraines aux parcs. Au niveau de ces localités riveraines, les conséquences sont visibles. Selon l’administrateur civil chargé de mission du Préfet de l’Atacora, Maguidi Gbere Kora, les flux économiques ont fortement diminué, et les populations vivent dans une psychose permanente, atténuée par la présence des forces de sécurité. Il a salué la stratégie adoptée par African Parks. « African Parks apporte un soutien concret via l’éducation, l’emploi et le développement économique, contribuant ainsi à renforcer la résilience locale », s’est-il réjoui.
Une gestion adaptative des parcs nationaux
De son intervention, le Directeur Régional African Parks Bénin, Hugues Akpona a précisé la complémentarité entre rangers et forces de défense et de sécurité : « Nos rangers assurent la surveillance et la protection de la nature, tandis que l’armée se charge de la sécurité et de la défense du territoire ». Malgré la montée des menaces, African Parks poursuit sa mission de surveillance, de protection et de gestion adaptative des parcs. « Nous avons appris de la dynamique de la menace, de comment les communautés elles-mêmes s’adaptent à la situation. Nous nous positionnons dans cette dynamique pour apporter des solutions », a affirmé Hugues Akpona. Il a évoqué le programme d’incubation d’African Parks visant à renforcer l’impact de la conservation en Afrique. Il permet de soutenir et d’encadrer d’autres organisations de gestion d’aires protégées désireuses de s’inspirer de l’expérience d’African Parks.
Abdel Aziz BABA-MOUSSA, Directeur Général du CENAGREF a rappelé les politiques nationales et les cadres institutionnels mis en place pour adapter la gestion des réserves de faune face à la crise sécuritaire. « Avec l’insécurité, nous avons renforcé le moral des Rangers. Ils sont désormais reversés dans le personnel permanent de l’Etat. Nous avons créé le corps des Rangers au sein de l’administration forestière », a-t-il déclaré.
Pour l’expert Dr Yemboado Georges Namoano du programme NaturAfrica financé par l’Union européenne, la crise sécuritaire est un frein majeur à la conservation. « Le complexe WAP est un patrimoine mondial. Tous les pays qui sont épris de la conservation doivent financer cette préservation. Mais avant tout, il faut résoudre les problèmes d’insécurité pour que la conservation soit efficace », a-t-il notifié.
Benjamin Y Bassono, Directeur exécutif de l’ONG Ange Gardien de la Nature, a mis l’accent sur la mobilisation des leaders communautaires : « Il faut impliquer davantage les savoirs traditionnels et les acteurs politiques pour renforcer la cohésion sociale ».
À l’issue des échanges, plusieurs pistes d’actions prioritaires ont été identifiées. Il s’agit de renforcer la collaboration transfrontalière entre les trois pays partageant le complexe W-Arly-Pendjari ; impliquer davantage les communautés locales, leurs leaders traditionnels et les savoirs endogènes ; développer des projets économiques et sociaux pour réduire la vulnérabilité ; soutenir les efforts sécuritaires pour garantir l’efficacité de la conservation ; et poursuivre les initiatives d’éducation, de sensibilisation et de formation pour améliorer la compréhension et l’adhésion des populations.
Le FIEP 2025 a permis d’identifier clairement les enjeux sécuritaires et leurs impacts sur la conservation, tout en posant les bases d’une approche coordonnée et inclusive pour la protection des parcs du WAP face à la crise sécuritaire.
Akpédjé Ayosso
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