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FIL D'ACTUALITÉ

Autonomisation économique des femmes rurales dans le Zou

KAS et CAO plaident pour l’accès équitable des femmes à la terre




En tournée de sensibilisation dans le département du Zou sur tradition et les dispositions juridiques reconnaissant et protégeant les droits des femmes au Bénin, la Fondation Konrad Adenaueur-Stiftung (KAS) et le Centre Afrika Obota (CAO) étaient au contact des populations des communes de Cové et de Zakpota à Cové, et celles des communes de Djidja et d’Agbangnizoun à Abomey respectivement les 11 et 12 mai 2022. Ils y sont allés pour plaider la cause des veuves et enfants filles déshéritées le plus souvent de leurs droits fonciers dans ces milieux ruraux du fait de la tradition.

Les femmes, épines dorsales de l’économie rurale, sont marginalisées et continuent d’être exposées aux risques d’insécurité alimentaire avec impact sur la santé et sur la mortalité maternelle et infantile, la stagnation du statut de la femme, la dépendance des femmes, la surcharge de travail, la sous-scolarisation des enfants, l’exode féminin et le trafic des enfants.
Et pour cause, leur faible accès à la terre, qui est et demeure la source principale de revenu en milieu rural, un moyen de production fondamental dont dépendent directement les familles. Pourtant, les droits d’accès à la terre, d’utilisation et de contrôle de cette dernière sont reconnus aux femmes en milieu rural par diverses législations relatives aux droits des femmes en Afrique et au Bénin particulièrement. C’est donc pour « offrir un cadre de dialogue politique, d’échange de connaissance et de renforcement de capacités des uns et des autres pour une meilleure prise en compte de la question de l’accès et de la sécurisation d’accès des femmes dans la gouvernance politique, économique et social au plan local que la Fondation Konrad Adenaeur-Stiftung (KAS) en partenariat avec le Centre Afrika Obota (CAO) a, dans le cadre de son projet Ewoh 2 ‘’Un seul monde sans faim’’ en Afrique de l’Ouest, initié une tournée d’échanges de connaissances et de sensibilisation sur tradition et les dispositions juridiques reconnaissant et protégeant les droits des femmes au Bénin », a précisé le coordonnateur national du projet Ewoh 2 ‘’Un seul monde sans faim’’ en Afrique de l’Ouest, M. Mounirou Tchakondoh.
Les différentes séances ont réuni les maires, les chefs d’arrondissement, les élus communaux et responsables d’agences déconcentrées de l’Agriculture, des représentants des Osc de droits des femmes, des cadres locaux des partis politiques et de Bureau communal du domaine et du foncier, les chefs coutumiers et traditionnels, les chefs de familles et de collectivités, des femmes veuves et femmes des Groupement d’intérêt économique des communes de Zagnanado, Ouinhi, Covè, Zakpota, Djidja, Agbangnizoun, Bohicon et Zogbodomey dans le département du Zou du 10 au 13 mai 2022.
Selon le coordonnateur Mounirou Tchakondoh, l’approche consiste à renforcer le dialogue entre les différents acteurs pour trouver des solutions adaptées aux différents problèmes qui se posent dans le domaine de l’accès de la femme au foncier agricole.
De Zagnanado à Bohicon en passant par Covè et Abomey, l’exercice est le même. Projection du téléfilm intitulé « Droit à la succession du conjoint survivant et des descendants » suivie de débats et des communications et explications des textes et lois favorables aux droits fonciers des femmes au Bénin. Tout ceci dans une démarche pédagogique.
Le téléfilm retrace les difficultés d’une veuve et de ses filles écartées des biens du défunt notamment les terres par le frère aîné de ce dernier. Désespérée, car menacée de se retrouver sans abris après trois mois de loyers impayés, l’une de ses filles gravement malades et les autres enfants renvoyés de l’école pour n’avoir pas payé les frais de scolarité, cette veuve a, grâce aux conseils et l’aide de l’une de ses amies et l’appui d’un chef de famille informé des disposions du code des personnes et de la famille et du code foncier, réussi à récupérer les biens de son défunt mari pour leur bonheur.
Très intéressés par la thématique abordée, chef coutumiers, femmes, élus locaux et jeunes politiques ont poussé leur curiosité en posant des questions d’éclaircissement sur entre autres : la part d’héritage qui doit revenir à la veuve et aux enfants filles, les conditions pour qu’une veuve hérite de terre et l’usage qu’elle peut en faire, quelle procédure pour sécuriser l’héritage par les héritiers.
Mme Ella Alotchékpa, Juriste et animatrice au CAO, M. Célestin Ballé, Président du conseil d’administration du CAO et M. Justin Sèmassoussi, membre du CAO ont à tour de rôle apporté des réponses aux différentes préoccupations des participants.
« Nous ne sommes pas venus diviser les familles ni les collectivités. Nous sommes plutôt là pour vous expliquer ce que dit la loi et les textes en vigueur. Les femmes ont aussi droit à l’héritage et si elles sont financièrement autonomes, elles contribuent mieux aux charges des ménages et participent activement au développement de la communauté et c’est tout le pays qui en sort gagnant », a étayé Mme Allotchékpa à Covè et à Abomey.
« Le Code des personnes et de la femme donnent plein droit à la femme d’hériter des biens notamment des terres de son mari ou de ses parents défunts », a-t-elle indiqué en précisant que le partage des biens se fait en 4 parts à raison d’une part pour la veuve et les ¾ aux enfants. Toutefois, la loi autorise les ayants droits à répartir les biens du défunt de façon consensuelle avec certains avantages pour d’autres.
« Les veuves tout comme les héritières peuvent faire de leur héritage ce qu’elles veulent », a-t-elle insisté en citant la loi.
M. Justin Sèmassoussi affirme que « les femmes apportent une contribution énorme à l’économie locale à travers les différentes taxes qu’elles paient dans les marchés et invite les élus locaux à veiller à la promotion de l’autonomisation économique des femmes à travers le respect des dispositions du code foncier et du code des personnes et de la famille pour un accès équitable des femmes au foncier agricole ».
Le président du Conseil d’administration du CAO, M. Célestin Ballé, est satisfait des résultats de la campagne. « Les échanges ont tenu la promesse des fleurs car, les gardiens de la tradition, jadis fermés au débat s’impliquent davantage dans la lutte pour un accès sécurisé des femmes à la terre et aux ressources productives et prennent de plus en plus la défense des veuves et enfants filles dans les collectivités et communautés. C’est heureux de les avoir avec nous », a-t-il déclaré avant de préciser que le CAO appuie la KAS tant dans la mobilisation des acteurs que dans la sensibilisation à travers la production de téléfilms, de messages et de communications.
Le coordonnateur Tchacondoh a souhaité que les différents acteurs associés au combat de l’accès sécurisé des femmes à la terre soient des relais dans leurs localités afin d’aider à réaliser le vœu de l’autonomisation économique des femmes agricultrices à travers leur accès sécurisé au foncier agricole. Pour lui, c’est la condition pour vaincre la pauvreté et la faim au Bénin.
Démarrée le 10 mai à Zagnanado pour le compte des populations de Ouinhi et de Zagnanado, la tournée d’échange et de sensibilisation sur tradition et les dispositions juridiques reconnaissant et protégeant les droits des femmes au Bénin, organisée par la Fondation Konrad Adenaueur-Stiftung en collaboration avec le Centre Afrika Obota a pris fin ce vendredi 13 mai 2022 à Bohicon pour le compte des populations de Zogbodomey et de Bohicon.

Encadré
Ils ont dit ...

Antoine Kakessou, Secrétaire exécutif de Covè
’’ C’est une séance qui est vraiment la bienvenue dans notre commune car, qui ne connaît pas la loi fait beaucoup d’erreurs et qui connaît la loi sait comment l’appliquer sur le terrain pour le bonheur des femmes et le développement de nos localités. En tant que SE, je prends l’engagement d’expliquer à toutes les parties prenantes grâce à l’appui du conseil communal et des élus locaux que les veuves et les enfants filles ont aussi droit à l’héritage de leurs parents ou conjoint au même titre que les garçons et je veillerai également au respect de l’application des lois qui protègent les droits des femmes au foncier agricole dans ma commune.’’
Rufine Dagbénombakin, point focal genre représentant le SE de Zakpota
’’ A Zakpota, dans notre pratique, l’enfant fille ou la veuve n’a pas droit à une portion de terre quand son père décède ou son mari décède or sans la terre, elle ne peut pas cultiver. Pourtant, la loi prévoit des dispositions favorables à l’accès de ces dernières à la terre. Nous sommes là pour apprendre et appuyer à notre tour nos sœurs qui sont écartées à revendiquer leurs droits. Une fois de retour dans ma commune, je vais poursuivre ma mission de défendre les femmes en tant que point focal genre à travers la restitution des connaissances apprises au cours de cette séance de sensibilisation. J’expliquerai aux femmes qui sont écartées que la loi donne plein droit aux veuves et aux enfants filles d’hériter des biens de leurs parents ou de leur conjoint et qu’elles ont le droit de revendiquer leur droit.
Dah Assianoun Adantonon de Covè Gouinli, représentant le roi Zéhè d’Agonlin
’’ Chez moi, les femmes ne sont pas privées de leur droit au foncier agricole. Dans ma collectivité et localité, j’aide les femmes à jouir de leur droit d’accès à la terre. Aujourd’hui, je m’engage encore plus à appliquer à la lettre les dispositions de la loi pour le bonheur des femmes et j’invite aussi mes pairs chefs traditionnels à faire de même. Je remercie du fond du cœur la KAS et le CAO pour tout ce qu’ils font pour nos femmes et nos enfants filles et les invite à multiplier les actions sur le terrain pour une meilleure jouissance des droits des femmes à la terre et aux ressources productives.’’
Estèle Todan, femme agricultrice à Agbangnizoun
" Je suis heureuse de savoir que les femmes peuvent aussi hériter de terres comme les garçons. Merci beaucoup aux organisateurs pour leur accompagnement. C’est une très bonne nouvelle pour moi et mes enfants filles et je demande à nos maris et chefs de collectivité de nous aider à réaliser nos rêves en respectant les dispositions de la loi qui nous donnent plein droit d’accès à la terre.’’

Juliette MITONHOUN

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